L'apparat chic

Entretien avec Jay McInerney

Trente ans et des poussières ou Journal d'un oiseau de nuit sont désormais des classiques et pourtant, leur auteur n'est pas encore à la place qu'il mérite : celui d'un vrai petit maître de la littérature "générationnelle". Le problème (et donc l'avantage) avec Jay McInerney, c'est qu'on trouve dans tous ses romans ce qu'on est venu chercher : la prose d'un milieu ché-bran et une certaine vision de New York et de l'american way of life. Glamour attitude (L'Olivier), son dernier opus, n'explore plus les années 80, mais notre époque à travers le portrait de Connor McKnight, journaliste people d'un magazine "mode". Arriviste 90's maqué à une top, ce personnage symptomatique sera l'électron qui permettra au brillant écrivain d'explorer une faune dont la vie se résume à l'artifice. Entretien.

Jay, la mode, c'est un truc qui vous branche ?

Oui, elle m'intéresse ou plus exactement, elle m'amuse. J'adore regarder les jolies femmes, et accessoirement leurs jolis vêtements.

Les journalistes "top tendance" de NY sont-ils tous comme Connor, le personnage principal de Glamour attitude ?

Oui, j'en connais ! De plus en plus sont ou deviennent comme lui, style, ouais que pense Kevin Costner sur ceci ou cela, avec qui sort Brad Pitt, ouais, c'est sensass' !!! Bon , personnellement, si on me donnait l'occasion de rencontrer Gwyneth Paltrow, je ne cracherais pas dessus (rires) ! Il y une véritable religion de l'image aux States. On voit très souvent la photo des journalistes au-dessus de leur chronique, ce qui ne se fait pas encore trop en France ! Connor, c'est un type intelligent et en même temps tout à fait superficiel. Pourtant, ce n'est pas de ou par sa faute, il vit dans ce monde d'apparat qui déteint sur lui. Et si Connor n'agit pas comme ça, en ne se rendant pas aux défilés ou dans tous les night-clubs branchés, il a peur d'être exclu de cet univers qu'il affectionne. En fin de compte, c'est un monde que j'aime bien mais qui est, je l'avoue, tout à fait cruel.

C'est pour cette raison que Connor sort avec une top limite anorexo ?

Au départ, il aime cette fille seulement pour son image et ce qu'elle représente en tant que mannequin. Et c'est lorsqu'elle le largue qu'il comprend, mais c'est trop tard, qu'elle l'aimait vraiment. Le pauvre...

Votre style lui-même joue de cette superficialité…

Oui, j'ai utilisé beaucoup de procédés qui vont en ce sens : des mots en majuscules qui arrivent comme ça, des sous-titres, vous savez, comme les touches "Remote control" des magnétoscopes ! Une volonté de vernis, je crois !

On est obligé de vous comparer au grand Bret Easton Ellis (dont on attend avec impatience - sur un sujet voisin - "Glamorama" à la rentrée)…

J'a-dore ce qu'écrit Bret ! Il a publié, un an après mon Bright light, big cities, Less than zero que la critique a salué comme un nouveau Bright light… (rires). On est devenus amis par la suite, mais son univers est beaucoup plus sombre que le mien, plus "sex, drugs and rock n' roll". Comme lui, j'ai essayé dès les années 80 de décrire une certaine frange des américains, bien des clichés à la Beverly Hills si vous voulez ! (Propos recueillis par Baptiste Liger)

Jay McInerney : Glamour attitude

L'Olivier, 220 p, 120 F